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Démographie Arménie : promotion de la population et appauvrissement des familles

Afin de promouvoir la natalité et encourager les familles nombreuses, le gouvernement arménien vient d’augmenter l’allocation unique versée aux familles pour la naissance d’un troisième (et plus) enfant. A compter de 2008, les familles perçoivent 300.000 drams (650 euros), au lieu des 100.000 drams (216 euros) versés auparavant.

Or cette politique officielle de soutien aux familles nombreuses et d’encouragement aux naissances ne modifie pas les conditions sociales de ces familles. Elles continuent de travailler pour survivre et même s’appauvrissent.

Les statistiques montrent que plus les familles s’agrandissent, plus leurs conditions sociales s’aggravent. Pratiquement la moitié du nombre total de familles en Arménie comptant sept personnes ou plus sont pauvres.

En 2007, 123.792 familles d’Arménie percevaient des aides. D’après les statistiques, la majorité des familles aidées par l’Etat comptent des enfants âgés de 2 à 18 ans, soit 75,9 % du nombre total de ces familles.

Etre une famille comptant plusieurs enfants mineurs constitue le prérequis idéal pour bénéficier du système d’allocations familiales réservé aux familles nécessiteuses. Vanadzor, troisième plus grande ville de la république, n’illustre qu’une partie de la pauvreté dans le pays. Le district de Leningradian – une des banlieues défavorisées de Vanadzor – compte principalement des familles nécessiteuses. Ses bicoques délabrées, aux façades arborant du linge qui sèche, témoignent des conditions sociales des habitants.

La famille nombreuse des Khachatrian vit dans l’une des ces bicoques, qui se compose d’une pièce unique. La nuit, ils sont dix à y dormir. Même s’ils avaient la chance d’avoir suffisamment de lits, l’espace réduit de la maison ne serait pas assez grand. Les Khachatrian ont quand même réussi à avoir deux grands lits et un plus petit, une petite table, quelques chaises, une poussette de bébé et un placard dans cette pièce unique.

Les deux garçons scolarisés de cette famille n’ont pas de place où dormir dans la maison. Malgré leurs aptitudes intellectuelles normales, ils fréquentent une école pour enfants retardés mentaux à Vanadzor et dorment là-bas. “Ils leurs donnent des vêtements et de la nourriture”, explique leur mère, Mme Lena Shestakova.

Mme Shestakova, d’origine russe, est âgée de 43 ans. Elle a eu dix enfants, cinq garçons et cinq filles. Ses deux garçons et sa fille aînée sont adultes et ont leurs propres familles ; seul l’un des garçons vit éloigné de la famille en Russie. Deux autres enfants vivent aussi à l’extérieur, à l’orphelinat de Vanadzor. Les autres vivent dans la petite maisonnée. Le mari de Lena est intérimaire. Il était gardien l’an dernier, mais a quitté cet emploi parce qu’il ne gagnait que 16.000 drams (35 euros) par mois.

La famille survit grâce à sa pension et une allocation qui se montent à 50.000 drams (108 euros) par mois. Cet argent ne leur permet même pas de payer les dettes des dépenses communes, qui s’accumulent. “On arrive tout juste à s’acheter du pain, alors le reste”, nous confie M. Khachatrian.

Cette famille est bien loin de la politique officielle d’encouragement des familles nombreuses, ayant déjà le problème de gagner son pain quotidien. Je demande au mari pourquoi ils n’ont pas recouru au contrôle des naissances. “Vous voulez dire des capotes ? Mais on s’achèterait du pain, si on avait cet argent!”. M. Khachatrian estime que les sommes versées par l’Etat sont trop modestes pour aider des familles nombreuses, surtout si l’on prend en compte les prix qui augmentent chaque jour. Selon les experts, ce sont essentiellement les familles défavorisées qui profitent de la politique officielle d’encouragement des naissances.

“J’ai rarement vu une famille aidée par l’Etat ayant un troisième enfant”, reconnaît M. Narek Sargssian, en charge de la protection de l’enfance dans l’administration de la province de Lori. Selon lui, la raison est le niveau d’éducation des familles aidées par l’Etat, qui réalisent la difficulté d’élever et d’éduquer des enfants. Le comportement des milieux défavorisés à l’égard de la natalité reste superficiel à cause d’un manque évident d’éducation.

“Mon expérience professionnelle montre que les enfants issus de familles défavorisées sont malheureusement envoyés par leurs parents mendier dans les rues ; et comme ils ne reçoivent aucune éducation, ils deviennent inutiles à la société”, dit-il. La naissance de nouveaux enfants dans ces familles résulte à la fois d’une méconnaissance des responsabilités envers ces enfants et d’une absence d’aide médicale appropriée (qui pourrait prévenir certaines maladies).

Outre le faible niveau d’éducation et le manque de prise de conscience, les spécialistes estiment que la naissance de nouveaux enfants au sein des familles défavorisées résulte aussi d’un manque de culture sexuelle, d’une méconnaissance du planning familial. Le psychologue Zarik Avetissian a une longue expérience professionnelle auprès des familles défavorisées : “ils pourraient au moins penser à avoir deux enfants et les élever dans des conditions normales, mais ils sont bien loin de cette façon de voir”.

Source : Arménie Now traduit par Yevrobatsi - 19.07.08

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