2 février 2009 : Journée Mondiale des Zones Humides
Ce lundi 2 février est la journée mondiale pour les zones humides, des espaces essentiels et malmenés qui ont déjà vu leur surface réduite de moitié depuis 1900.
Elles détiennent un bien triste record : celui de la vitesse maximale de disparition parmi tous les écosystèmes de la planète. Asséchées, comblées, déboisées, les zones humides (espaces gorgés d’eau de façon permanente ou temporaire) font les frais de la surexploitation humaine comme des dérèglements environnementaux.
Pourtant, elles sont essentielles et multifonctionnelles : refuges naturels pour les espèces animales et végétales, elles agissent aussi comme réserves d’eau, protections naturelles contre les crues et véritables “machines” à filtrer. En cas d’abondance elles absorbent le trop plein et en cas de sécheresse, elles constituent des réserves.
Des zones qui luttent contre les émissions de CO2
En un mot, “elles se comportent comme des éponges,” explique Alex Kaat, spécialiste à l’organisation Wetlands International, dédiée à la protection de ces espaces. “C’est cette capacité à adoucir l’impact des phénomènes extrêmes qui font des zones humides un enjeu essentiel dans la gestion des conséquences des changements climatiques, mais pas seulement : elles agissent aussi sur le climat lui-même,” explique Alex Kaat.
En stockant la biomasse sous une couche d’eau, les zones humides empêchent son oxydation, sa décomposition et l’émission de CO2 qui en résulte. 10% des émissions de CO2 dans le monde seraient ainsi liées à la disparition des zones humides. Conclusion: la protection des zones humides serait la mesure de prévention du changement climatique la moins chère, selon le cabinet d’études britannique Policy Exchange.
Victimes de conflit d’intérêts
Mais elle se heurte à des conflits d’intérêts particulièrement aigus puisqu’ils touchent à la gestion de l’eau, à la sécurité alimentaire et même à la production d’énergie. Les zones humides sont menacées géographiquement par l’extension des domaines agricoles et biologiquement par la surexploitation des ressources hydrauliques. “Les zones humides sont particulièrement menacées par la demande en biocarburants, qui consomment des quantités d’eau phénoménales,” reprend Alex Kaat.
Elles dépérissent aussi de l’incapacité des pays à s’accorder sur des mesures de préservation mondiales, alors que les effets de la disparition des zones humides traversent les frontières. “Si l’on touche aux zones humides au Tibet, l’Inde le ressent,” souligne Alex Kaat. C’est pourquoi la journée internationale de cette année a été placée sous le slogan “D’Amont en Aval, les zones humides nous relient les uns aux autres”.
Premier grand pas vers leur protection, la Convention Ramsar, adoptée en 1971, a permis la préservation de certains espaces. Mais, faute d’être une convention ratifiée liant les parties signataires, elle reste souvent lettre morte face à des intérêts économiques ou politiques à la fois pressants et nombreux.
Si aujourd’hui, ce sont les zones humides situées en zones tropicales et sub-tropicales qui paraissent les plus menacées, la France a vu ces dernières décennies ses zones humides rétrécir et s’appauvrir. Selon l’ONZH (Office National des Zones Humides), entre 1960 et la fin des années 80, sur 76 zones étudiées, 52 ont été partiellement dégradées (perte d’au moins 10% de leur surface et/ou altération significative de leur fonctionnement) et 12 autres ont été massivement dégradées (perte de la moitié de la superficie et/ou altération majeure de leur fonctionnement).
“Il y a eu, dans les années 70, des plans d’urbanisation qui ont fait beaucoup de tort à ces milieux : des lignes droites étaient tracées au milieu des roseaux, les bordures artificialisées, explique Nathalie Barré, administratrice du Pôle relais lagunes méditerranéennes. Aujourd’hui, on comprend mieux les enjeux de la préservation de ces zones. Elles sont pour beaucoup protégées et il n’est plus possible d’agir comme on le faisait il y a quarante ans”.
Le “b-a ba” du visiteur lambda
Nos zones humides sont-elles sauves pour autant? Non, car d’autres plaies gangrènent nos lagunes, étangs et tourbières. “On est face, notamment, à un phénomène de comblement naturel des étangs qui, par exemple, menace l’Etang du Canet dans le Roussillon”, reprend Nathalie Barré. Il y a aussi les problèmes de pollution liés aux stations d’épuration qui ne sont pas toujours aux normes, par exemple, ou encore aux engrais agricoles. Et puis il y a ce que le citoyen lambda fait… ou ne fait pas.
“Tout le monde a le droit de se balader dans la nature. Mais il faut être fin connaisseur pour savoir, dans certains milieux, quoi faire au bon endroit. Alors si vous voulez avoir une vision plus fine d’une espèce animale habitant dans les étangs, il est préférable d’aller dans un centre équipé d’observatoires qui permettent de regarder sans être vu. Et en premier lieu, bien sûr, il faut respecter les barrières et panneaux que vous rencontrez dans ces zones!”
Autre menace : celle des invasions. “Il y a un véritable problème de colonisation par des espèces exotiques, insiste Nathalie Barré. Elle constitue la deuxième cause de perte de diversité!” Alors un conseil aux aquariophiles : si vous avez envie de relooker votre aquarium, ne videz rien dans la nature : ni les algues, ni les poissons!
Source : 20Minutes - 02.02.09



