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Démographie Mondiale : les dernières tendances des prévisions - Projection 2030

Quel sera le visage démographique du monde en 2030 ? Ceci est l’un des nombreux sujets qui seront abordés lors des prochaines rencontres économiques d’Aix-en-Provence du 3 au 5 juillet. L’exercice de prévision est ici dangereux. Nous savons que les projections démographiques tendent à figer solde migratoire, natalité et mortalité, alors que ces trois paramètres peuvent connaître des variations inopinées importantes. Ainsi, par rapport aux années 1970 et 1980, les prévisions sur la population mondiale ont été modifiées à la baisse. Au niveau français, le surcroît de la natalité depuis 2000 a pris en défaut les projections des années 90, de même que le solde migratoire. On peut également s’interroger sur la pertinence à considérer que l’allongement actuel de la durée de la vie dans notre pays (un trimestre par an) peut se prolonger indéfiniment. Quelques tendances lourdes ne devraient néanmoins pas être démenties.

D’abord, une hausse significative de la population mondiale, qui devrait atteindre, selon l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED), 8,3 milliards d’habitants en 2030 ; cette hausse sera essentiellement localisée en Afrique, au Moyen-Orient et en Inde. Ensuite, un vieillissement généralisé très marqué qui touchera la plupart des pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) et la Chine. Ce vieillissement n’est pas nouveau en soi, mais il est appelé à s’accélérer : si des pays développés, comme les Etats-Unis, ont “vieilli” d’une année en moyenne par décennie au siècle dernier, nous sommes actuellement sur un régime de deux années par décennie. L’Europe des 27, notamment, comptera plus de 120 millions de personnes âgées de plus de 65 ans en 2030 contre 85 millions aujourd’hui. Grâce à l’apport migratoire, l’Union européenne dans son ensemble évitera le déclin démographique, mais pas l’accentuation de son vieillissement. La France connaîtra une augmentation de sa population par le haut de la pyramide des âges, avec un vieillissement lié aux classes d’âge surnuméraires du baby-boom.

De manière générale, les tendances observées donneront lieu à un déclin du poids démographique du continent relativement à ses voisins et au reste du monde. En effet, les évolutions de différents pays - même si tous tendent à vieillir sur le long terme - sont asynchrones, ce qui rend les rapports de force démographiques fluctuants.

Les conséquences économiques de ces mutations seront majeures. Il s’agira d’abord d’assurer un niveau de santé élevé aux populations vieillissantes, dans un contexte de mise sous tension des finances publiques. Cette exigence prend souvent la forme d’un conflit entre les générations alors que les inégalités - de revenu comme de patrimoine - intergénérationnelles sont relativement marquées. Par ailleurs, le formidable réservoir de main-d’oeuvre des pays émergents ouvrira vraisemblablement un cycle déflationniste durable sur les produits manufacturés, alors que, dans les pays industrialisés, le déclin de la force de travail laisse a priori ouverte la question du déclin de la production. Dans ce contexte, le travail des seniors et la productivité deviennent des interrogations cruciales pour des économies qui veulent continuer à croître.

Par ailleurs, sur le marché des capitaux, les comportements d’épargne seront bouleversés par les mutations démographiques. Dans les pays développés, d’abord, par la constitution puis la liquidation d’une épargne retraite plus abondante, qui offre la possibilité de mobiliser des fonds plus importants vers les investissements productifs de long terme. Pour cela, il sera nécessaire d’adapter les institutions et réglementations financières afin de les rendre compatibles avec cet horizon. Dans les pays émergents, ensuite, ce qui peut mettre en danger l’indépendance de nos entreprises mais aussi contribuer à la liquidité de nos marchés de capitaux. La gestion de la transition démographique que nos sociétés mettront en oeuvre doit alors s’attacher à organiser les flux financiers internationaux, alors que des capitaux croissants vont circuler entre des pays connaissant des mutations démographiques fortement différenciées.

Pour gérer ces nombreuses mutations, une prise de conscience et une véritable coopération sur le plan international sont indispensables. Dans le contexte de forte incertitude que nous connaissons aujourd’hui, cette coopération ne pourra être pensée que dans un cadre large, celui du G20, incluant les principaux pays émergents. Compte tenu des enjeux fondamentaux de ces problèmes démographiques à venir, et pour y répondre dans des délais brefs, le G20, à côté des urgences doit regarder le monde à dix ans, ce en quoi il aura changé, tant sur la structure de consommation, sur les emplois à créer que sur l’optimisation du financement de cette nouvelle croissance.

Source : Les Echos - 14.05.09

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