Démographie Allemagne : comparaison démographique avec la France et prévisions 2050
En 1939, à la veille de l’”apocalypse”, l’Allemagne enregistrait 554.000 naissances de plus que de décès, alors que la France, abritée derrière sa ligne Maginot, comptait 29.000 décès de plus que de naissances. En 2008, l’Allemagne a enregistré 168.000 décès de plus que de naissances, alors que la France a compté 290.000 naissances de plus que de décès. Ces statistiques démographiques ne sont pas une invitation lancée aux Français à franchir les Ardennes dans le sens inverse de celui emprunté par les Allemands en 1940, mais une incitation à réfléchir sur les ressorts de la croissance et les destinées des nations.
Même si, à la Commission européenne de Bruxelles comme dans la plupart des instances de décisions nationales et internationales, les questions démographiques sont rarement évoquées, tandis que les rapports sur la technologie, l’innovation et la compétitivité sont légion, la démographie reste bien la reine des batailles et la clé des futurs. “La lenteur des phénomènes démographiques explique à la fois le peu d’attention que leur porte l’opinion, même éclairée, la relative facilité des pronostics à leur égard et la difficulté de tirer parti de ces prévisions : l’histoire d’aujourd’hui préoccupe plus que celle de demain” , écrivait le célèbre démographe Alfred Sauvy dans “Richesse et population“.
Les élections du 27 septembre en Allemagne n’échapperont pas à cette règle. Quel sera le score de la gauche radicale (Die Linke), qui rassemble les anciens communistes et les déçus du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands) ? Quel sera le jeu des Verts et des libéraux, qui sont crédités chacun de 10 à 12% des intentions de vote ? Faut-il baisser les impôts et les charges sociales pour assurer la relance, comme le suggère Angela Merkel, ou fiscaliser davantage les hauts revenus, comme l’exige son rival, le vice-chancelier social-démocrate ? Autant de questions qui passent à côté de l’essentiel. En 2050, c’est-à-dire après-demain à l’échelle de l’Histoire -le temps qui nous sépare des événements de 1968-, l’Allemagne ne comptera plus que 68 millions d’habitants, 14 millions de moins qu’aujourd’hui, et les plus de 60 ans représenteront plus de 40% de la population totale, contre 25% aujourd’hui. Même avec un solde migratoire de 200.000 personnes par an, la population totale serait réduite à 74 millions d’habitants et la proportion d’immigrés de moins de 40 ans, dans les grandes villes, dépasserait le seuil de 50%. A cette même date, en supposant un solde migratoire de 100.000 personnes par an, comme aujourd’hui, la France serait le pays le plus peuplé de l’Union européenne, avec 78 millions d’habitants (y compris l’outre-mer), et celui dont la croissance serait la plus forte. Comme le montrent en effet des chiffres rarement cités, les écarts de taux de croissance de population entre les Etats-Unis et l’Europe depuis le début des années 80 s’expliquent pour les quatre cinquièmes par le différentiel démographique. Depuis 1990, en particulier, le taux de croissance de la population a été quatre fois plus élevé aux Etats-Unis qu’en Europe.
Avec une population pour la première fois de son histoire en baisse et fortement vieillissante, c’en sera bien fini de la compétitivité d’une Allemagne qui, après un demi-siècle de “miracle” économique, connaîtra son déclin en tant que collectivité humaine. Retraite, santé, dépendance, les dépenses sociales seront considérables, même avec un départ à la retraite fixé à 67 ans à partir de 2012. “Le dernier Allemand“, titrait début 2004 l’hebdomadaire Der Spiegel sous un montage représentant un bébé en couche-culotte soulevant un haltère auquel des vieillards étaient agrippés. Le modèle allemand, qui a inventé le mot terrible de “mères-corbeaux” (die Rabenmütter) pour désigner les femmes qui travaillent en délaissant leur progéniture, en est largement responsable.
La publication, pour la première fois, des études du Pisa sur les performances scolaires des pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) montre que le niveau du système scolaire allemand, qui libère les enfants à l’heure du déjeuner, est très moyen par rapport à celui des autres pays. En compréhension de l’écrit, les jeunes Allemands de 15 ans ont un score de 484, inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE (500) et à celui de la France (505), qui n’est pourtant guère brillant. En culture mathématique, leur score est de 490, toujours inférieur à celui de la moyenne des pays de l’OCDE et de la France (517). En culture scientifique, il n’est que de 487, contre 500 à la France. Ces études ont fait l’effet d’un électrochoc, bouleversant les certitudes de ceux qui pensaient que le rôle d’une femme était de rester auprès de son enfant pendant toute sa scolarité.
Autant dire que le fameux modèle rhénan est à l’agonie, alors que le modèle français, qui consacre aux dépenses familiales un tiers de plus que la moyenne des pays européens et scolarise les enfants très tôt, n’en finit pas d’étonner ceux qui analysent la fécondité exceptionnelle des Français, qui dépasse maintenant 2 enfants par couple, contre 1,3 en Allemagne. Des femmes françaises dont seules 9 % n’ont pas d’enfant, alors qu’elles sont 20 % en Allemagne. “Convaincus de leur supériorité économique et sereins sur leur passé, les Allemands semblent enfin heureux” , écrivait un grand journal français du soir le 17 juillet 2009. Singulier aveuglement d’un observateur qui ne voit pas que les poussettes d’enfants ont disparu du paysage et qui oublie qu’un pays qui vieillit à ce rythme finit toujours par… mourir.
Source : Le Point - 17.09.09


