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Démographie Maghreb : étude comparative de l’évolution démographique des trentes dernières années

Sur fond de croissance démographique rapide, les pays du Maghreb – Algérie, Maroc, Tunisie – ont connu d’importants changements depuis 30 ans : chute de la fécondité, allongement de la vie, urbanisation croissante. Ces mouvements ont eu lieu de façon étroitement parallèle dans les trois pays alors qu’ils n’en sont pourtant pas au même stade de développement économique. Les évolutions en matière de santé et de famille seraient ainsi relativement indépendantes du contexte socio-économique.

Le Maghreb compte 76 millions d’habitants en 2008, dont 35 millions en Algérie, 31 au Maroc, et 10 en Tunisie, pays le moins peuplé. On y observe des évolutions similaires de leurs populations : entre 1980-1985 et 2000-2005, le taux annuel d’accroissement démographique a reculé de 1,7 point en Algérie, 1,5 point au Maroc et 1,4 point en Tunisie. En deux décennies (1985-2005), la proportion de la population vivant en ville a crû de 15 points en Algérie, 10 points au Maroc et 11 points en Tunisie. Au cours des cinquante dernières années, l’évolution démographique a été marquée par deux phénomènes essentiels, communs aux trois pays : d’une part la croissance démographique, rapide jusque dans les années 1980, a beaucoup ralenti depuis ; d’autre part la population des villes a augmenté plus vite que celle des campagnes, provoquant une urbanisation parallèle de chacun de ces pays.

Les mécanismes de ces deux phénomènes sont bien connus. La croissance démographique forte de la première période est liée au recul de la mortalité, grâce à l’amélioration des conditions de vie, au progrès de l’instruction, et à la diffusion des vaccins, pendant que la fécondité restait forte. La décélération qui suit reflète la baisse rapide de la fécondité, combinant l’augmentation de l’âge au mariage et la diffusion de la contraception. L’émigration, malgré des restrictions sévères à l’entrée des pays occidentaux, accroit ce phénomène. L’urbanisation est d’abord le résultat de départs massifs des populations rurales devenues trop nombreuses sur les exploitations agricoles mécanisées, dans des conditions climatiques souvent défavorables (sécheresses), et de la forte attraction des villes. Dans les dernières décennies, ce mouvement est amplifié par une migration des villes petites et moyennes vers les grands centres urbains, ce qui provoque une intensification du phénomène (étalement et mitage urbains, périurbanisation).

Une similarité des comportements démographiques
Les situations démographiques des trois pays présentent peu de différences, contrairement aux écarts observés sur le plan économique et social. Les décès infantiles (mesurés par le taux de mortalité des enfants de moins d’un an) sont plus fréquents au Maroc (40 ‰) qu’en Algérie (31‰) et surtout en Tunisie (23‰). Le taux de mortalité infantile marocain au début des années 2000 est à peu près équivalent à ceux des pays voisins au tournant des années 1990, alors qu’il y a vingt ans de décalage en termes de niveaux de vie et d’instruction. Quant à l’indice de fécondité, il est de 2,4 naissances par femme au Maroc en 2004-2008, équivalent à celui de la Tunisie six ans plus tôt. Les comportements démographiques semblent relativement homogènes, alors que les contrastes socioéconomiques subsistent entre les pays du Maghreb. Cette situation est à souligner, car le niveau de vie et le niveau d’instruction sont des déterminants classiques de l’évolution démographique, l’amélioration des conditions économiques et culturelles étant généralement associée aux étapes de la transition démographique.

La même transition démographique pour tous ?
La mortalité affiche un recul important dans l’ensemble du pays, particulièrement chez les enfants. Les progrès de l’hygiène ont bénéficié à tous. Les campagnes massives de vaccination ont amélioré la santé des enfants de tous les milieux sociaux, ruraux comme urbains. Concernant la fécondité, il subsiste certaines différences (dont la moindre augmentation de l’âge au mariage dans les zones rurales), mais la contraception est diffusée de façon presque égalitaire dans l’ensemble du royaume. On ne saurait parler d’une transition démographique à deux vitesses, alors que ces contrastes subsistent dans les champs culturels et économiques. Cette relative indifférence des comportements démographiques aux conditions de vie des sociétés n’est pas le seul fait du Maghreb. La fécondité avoisine le seuil symbolique de deux enfants par femme aussi bien au Viêt-Nam ou en Azerbaïdjan (avec des revenus annuels par habitant de l’ordre de 3.000$), qu’aux États-Unis ou en Norvège (où il est en moyenne de 40.000$). Cette homogénéisation des comportements s’observe au Maghreb en matière de mortalité pour les pays, villes, campagnes et quartiers urbains, attestant d’une relative indépendance de la sphère démographique (essentiellement des questions de santé et de famille) et du contexte socio-économique.

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Source : INED (Institut National d’Etudes Démographiques) - 17.09.09

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