Démographie Tunisie : la population devrait augmenter et vieillir - Projection 2034
Les jeunes d’aujourd’hui seront les vieux de demain. Une lapalissade s’il en est, ce qui l’est moins néanmoins, c’est le profil de la pyramide des âges lors des prochaines décennies ; une inconnue qui reste tributaire de nombreux paramètres dont l’évolution du taux de fécondité, actuellement chancelant.
Les démographes se perdent en conjectures pour tracer le futur démographique de la Tunisie à l’orée des années 2034. Selon leurs projections, la population tunisienne serait soit en dessous de 13 millions, 12,7 millions d’habitants exactement dans le cas d’une fécondité en baisse, soit légèrement au dessus, avec 13.2 millions, dans la perspective d’une fécondité constante.
Le 1/5ème de la population sera constitué de sexagénaires
“Projection et perspectives démographiques de la population : quel avenir pour la Tunisie ?” Démographes, économistes et cadres de l’administration ont tenté d’y répondre lors du cercle de la santé organisé vendredi dernier par l’Office National de la Famille et de la Population (ONFP). Pas si simple. Les réponses ont été tout autant complexes que la question qui en était à l’origine. Les participants en sont sortis toutefois avec de sérieuses pistes de réflexion, et c’est là l’objectif d’un tel forum qui se veut “un explorateur des questions du jour”, estime Nabiha Gueddana, P-DG de l’ONFP.
La Tunisie est en pleine transition démographique. A l’instar de l’Europe, elle est aux prises avec le vieillissement de la population. La population âgée de moins de 25 ans en 1975 constituera la population de 60ans et plus en 2034. Les sexagénaires constitueront dans les deux prochaines décennies le 1/5ème de la population, plus de deux fois et demie leur effectif actuel, soit 2.5 millions et 19% de la population en 2034. L’autre changement majeur touchera la tranche d’âge 5-14ans, dont le pourcentage marquera une chute importante, de 26.7% en 2004, il atteindra 18% en 2034.
La population âgée de 15-59ans demeurera majoritaire tout au long de la période de projection. Son effectif se situera en 2034 entre 7.8 et 8 millions. Sa proportion dans la population globale ira en régressant : de 66.2 en 2009 à 61.2 en 2034. La décennie 2014-2024 verra une décroissance forte des 0-4ans, avant la stabilisation supposée de la fécondité en 2024. L’indice synthétique de fécondité, ISF (nombre d’enfants par femme) évalué à 2.09 en 1999, atteindrait 1.5 en 2014 et se stabiliserait jusqu’en 2029. Depuis le milieu des années 60 et en 43 ans, l’ISF a baissé de 5,2 points, passant de 7,5 en 1966 à 1,95 en 2009, selon Riadh Safi de l’Institut National de la Statistique (INS).
Son collègue statisticien, Achref Mrabet estime que “le vieillissement de la population est inévitable et constitue une tendance lourde de l’évolution démographique future de la Tunisie, comme le montre la progression de l’âge médian de la population. Actuellement, une personne sur deux a moins de 25.4 ans, à partir de 2019 une personne sur deux aurait moins de 30 ans”.
Autant de projections basées sur des hypothèses et des probabilités, mais qui ne sont pas dénuées de marge d’erreur, a fortiori que les indicateurs de calcul ne tiennent pas compte des profondes mutations qui secouent la société tunisienne. D’où la nécessité d’introduire des indicateurs plus fins et plus pertinents en prévision de nouvelles stratégies de développement dans notre pays, recommande Nabiha Gueddana.
Hassine Dimassi, économiste, a déploré le fait que ces projections ne tiennent pas compte du phénomène migratoire. “La Tunisie peut exercer un attrait sur les populations subsahariennes. D’où le réel besoin d’une stratégie migratoire en Tunisie, avec nos partenaires de l’Union européenne”. Réponse de Habib Fourati de l’INS, le solde migratoire est bel et bien pris en compte. “Au cours des années 2005, 2006, 2007 et 2008, on a enregistré un solde migratoire négatif de -15.000, avec 30.000 sortants et 15 à 16 mille entrants”. En tant qu’ancienne du ministère du Plan, Faïza Kefi renchérit “nous avons toujours eu une hypothèse migratoire, mais les projections de développement ont été faites, comme si tous les Tunisiens doivent absolument vivre dans leur pays”.
Hédi Zaïm, économiste a relevé “les pressions différentielles sur le marché de l’emploi, en ce sens que ce sont les diplômés du supérieur qui sont en mal de débouchés, alors que les moins qualifiés s’en sortent mieux, ce qui fait craindre un manque de main-d’œuvre non qualifiée”.
Autant de problèmes générés par ces changements démographiques profonds qui marqueront la population tunisienne ; une population qui vieillit, et c’est dans l’ordre naturel des choses. D’où un changement de la nature de la morbidité, souligne Béchir Zouari, Professeur à la Faculté de Médecine : “à côté d’une morbidité infectieuse persistante mais peu intense, des maladies de type chronique et dégénératif (cardiopathies ischémiques, diabète, hypertension artérielle, cancers, maladies rhumatismales, troubles respiratoires chroniques, allergies, troubles mentaux, séquelles d’accidents, etc.) ont émergé. C’est là, la rançon à payer au prolongement de l’espérance de vie. Même si les données là-dessus demeurent peu claires, avec une estimation élevée de l’espérance de vie et une sous-estimation de la mortalité.
Béchir Zouari a, par ailleurs, évoqué les défaillances enregistrées au niveau de l’état civil, avec une mortalité par âge non exhaustivement enregistrée, et des causes de décès non exhaustivement connues. Les données sur la prévalence de l’incapacité ou de certaines maladies sont tout aussi défaillantes, avec des enquêtes ad hoc rares et anciennes. Ceci est également vrai pour les maladies qui touchent les âges moyens avec le changement du mode de vie, l’obésité, etc.
Pour Béchir Zouari, une vie plus longue requerrait une amélioration de la qualité de la vie. Il faut œuvrer à ce que la personne âgée ait une activité économique familiale et sociale. “Cela signifie faire bénéficier les jeunes et les adultes de l’expérience des seniors, réduire l’effritement familial et resserrer les liens familiaux. Le tout est d’assurer l’ancrage dans l’esprit des jeunes générations de la valeur de la famille et de la solidarité intergénérationnelle”. Un ancrage qui existe déjà, assure la représentante du ministère de la Femme, “nous avons en Tunisie 11 établissements d’accueil des personnes âgées d’une capacité de 720 lits. Seules 700 personnes âgées y résident, soit 0,01% de la population totale. Ce qui prouve que la famille tunisienne garde ses anciens chez elle”. L’intervenante annonce, de surcroît, l’élaboration en cours d’un plan de préparation à la retraite en vue d’une prise en charge médico-sociale pour une vieillesse sans incapacité.
Source : GlobalNet - 03.11.09



