Zone Euro : gros écarts de croissance du PIB (Produit Intérieur Brut)
Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès, revient sur les différences de conjoncture entre les pays de la zone euro et ses conséquences sur les marchés de taux.
La zone euro demeure très hétérogène. Plus, même, qu’avant la crise. Une fois estompé l’effet “homogénéisant” de la récession, on retrouve des performances contrastées. Ainsi, la France et l’Allemagne ont affiché deux trimestres positifs de croissance du PIB (Produit Intérieur Brut). La Belgique vient de sortir de récession au troisième trimestre. A l’inverse, le PIB espagnol s’est de nouveau contracté au troisième trimestre.
Ce qui est vrai concernant la conjoncture l’est aussi au niveau de la croissance structurelle. Ainsi, les évolutions démographiques sont très différentes d’un pays à l’autre. L’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne souffrent d’une démographie désastreuse, ce qui va miner leur croissance dans les années qui viennent et grever leurs finances publiques. La France se situe dans une position intermédiaire. La croissance potentielle y est, grâce à la démographie, un peu supérieure à l’augmentation de la productivité (c’est aussi le cas, en dehors de la zone euro, du Royaume-Uni). Les pays à forte croissance démographique (et donc à forte croissance potentielle), se situent en dehors de la zone euro, essentiellement en Amérique Latine, et surtout en Asie.
Ces différences devraient en principe se lire dans les écarts de taux d’intérêt à long terme, lesquels devraient synthétiser la façon dont les marchés évaluent la solvabilité à long terme des Etats. C’est en partie le cas. Ainsi, à fin octobre, les taux d’intérêt à long terme mesurés par la BCE (Banque Centrale Européenne) allaient de 3,21% en Allemagne à 4,77% en Irlande. Un écart de 1,5 point pour une même zone monétaire ! Sur ce point, toutefois, on peut anticiper un resserrement des spreads. Prenons le cas de l’Allemagne. Etant donné sa démographie, ses perspectives de croissance à long terme sont, au mieux, de l’ordre de 1,5% par an. Pour que son endettement public devienne soutenable aux taux d’intérêt actuels, il faudrait que l’inflation approche des 2%. Elle est à 0 actuellement et ne devrait se redresser que très lentement. Ainsi, des marchés obligataires rationnels devraient faire remonter les taux longs allemands, pour incorporer une prime de risque un peu plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui.
Source : Boursorama - 16.11.09



