Les répercussions de la situation économique et démographique de l’Allemagne sur l’Europe
La fragilité des économies grecque, roumaine, espagnole et irlandaise est un problème pour la zone euro. Réciproquement, son centre de gravité - l’Allemagne - ne se montre pas à la hauteur des attentes de ces pays. Ils ont besoin d’une locomotive en parfait état de marche et donnant toute sa puissance. Avec un marché domestique apte à stimuler leurs exportations. Or l’Allemagne, pays puissant certes, a une croissance faible et une économie elle-même dépendante de la demande extérieure.
Malheureusement, en 2009, les grands pays consommateurs, Etats-Unis en tête, n’ont pas pu répondre à l’appel, et l’Allemagne a subi une contraction économique inédite depuis 1945. Ses exportations ont reculé de 15% et les achats de machines de 20% ; son Produit Intérieur Brut (PIB) global, lui, baissait de 5%.
Mais cette année calamiteuse est révolue. Et 2010 pourrait voir la croissance allemande repartir en douceur. Toutefois, elle ne sera pas de nature à soulager les maux des autres membres de la zone euro. Au cours des trois années qui ont précédé la catastrophe de 2009, la consommation des ménages allemands n’a augmenté que de 1,4% en termes réels, tandis que celle des ménages américains progressait de 5,4%, c’est-à-dire trois fois plus vite.
On le savait déjà : les Américains consomment et les Allemands épargnent. Le hic, pour la zone euro, c’est que les Grecs, les Espagnols, les Irlandais, les Portugais et les Italiens préféreraient que les Allemands achètent leurs produits plutôt que de penser à vendre leurs voitures Mercedes et leurs machines-outils.
Mais les Allemands ont-ils les moyens de consommer davantage ? Ce n’est guère évident. La vigueur de l’euro est un obstacle à une reprise potentiellement dynamique des exportations. Le démantèlement partiel du dispositif réglementaire - il dissuadait les entreprises de licencier - va favoriser le développement du chômage en 2010. Il touche déjà actuellement 8,1 % de la population active.
Evolution de la démographie
Outre-Rhin, les mesures qui ont rendu l’industrie et les ouvriers compétitifs ont comprimé le pouvoir d’achat des ménages. Enfin, l’évolution de la démographie est déterminante. En 2050, la population aura baissé (70 millions d’individus au lieu de 80 millions aujourd’hui) et la moyenne d’âge se sera élevée. On sait qu’en général les personnes âgées ne sont pas enclines à beaucoup consommer.
Tous ces éléments comptent pour les pays qui ne font pas partie du noyau dur de la zone euro. Depuis la création de la monnaie unique, ils se sont endettés à moindres frais et ont bâti leur croissance sur les exportations. Ils vont se rendre compte que, finalement, l’adhésion à cette Union monétaire emmenée par l’Allemagne n’est pas la panacée qu’ils avaient imaginée.
Source : Le Monde - 18.01.2010



