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Démographie France : la Bretagne marquée par un fort déséquilibre est / ouest

La fracture territoriale : tous les candidats aux régionales en font l’un de leurs chevaux de bataille. Mais comment éviter que s’accentue le déséquilibre entre l’est et l’ouest de la région ? C’est toute la question de l’aménagement du territoire qui est posée.

Le déséquilibre entre l’est et l’ouest de la Bretagne n’est pas un phénomène nouveau. C’est même une tendance lourde. Un déséquilibre qui est d’abord démographique. Si, globalement, la Bretagne est attractive, la répartition sur le territoire des nouveaux habitants - 254.000 habitants sont venus s’y installer en cinq ans - est très inégale. Les grandes villes et le littoral sont les principaux gagnants alors que le Centre-Bretagne continue à se dépeupler. Une tendance qui, selon l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE), va s’accentuer d’ici à 2030. La Bretagne gagnera encore des habitants (14%) mais cette nouvelle population continuera à se répartir toujours aussi inégalement. Dans les pays d’Auray, Vannes, Rennes et Vitré, la croissance de la population pourrait dépasser les 24%. À l’inverse, dans le Centre-Ouest-Bretagne, elle baisserait de 3 à 8%.

15% d’actifs en plus sur l’axe Auray-Vitré
Déséquilibre quantitatif mais aussi déséquilibre qualitatif si l’on peut dire : alors que sur le littoral, l’augmentation de la population serait essentiellement due à l’arrivée de retraités, l’axe Auray-Vitré accueillerait, lui, une population d’actifs. La hausse de la part des actifs dans ces pays progresserait de plus de 15% alors qu’elle baisserait partout ailleurs. La démographie n’est qu’un indicateur parmi d’autres de ce déséquilibre est-ouest. Il se retrouve dans beaucoup d’autres domaines comme les revenus, l’emploi, la santé… Exemple : alors que les salaires moyens ont augmenté de plus de 9% en cinq ans dans le département d’Ille-et-Vilaine, ils n’ont progressé que de 7% dans les Côtes-d’Armor. Dans le domaine de la santé, les inégalités sont également très fortes. Ainsi, le risque de mourir d’un cancer est, à l’ouest de la région, 10% plus élevé qu’au niveau national alors que dans l’est, ce risque est jusqu’à 23% moins élevé. En Ille-et-Vilaine, l’espérance de vie pour les hommes à la naissance est de deux ans plus élevée que dans les trois autres départements. Difficile de nier que ces réalités statistiques ne traduisent pas une certaine forme de détresse sociale.

260 millions pour les territoires
Comment contrer cette évolution pour éviter un décrochage de l’ouest et revenir à un développement territorial plus homogène de la Bretagne ? Pas simple d’autant que le réseau des petites et moyennes villes qui faisait la force de la Bretagne est aujourd’hui fragilisé par un certain nombre de réformes, comme celles des cartes judiciaire et hospitalière. Avec un budget de 1,1 milliard d’euros, la Région ne peut pas tout mais elle peut un peu ; l’aménagement du territoire est une compétence régionale. De 2006 à 2012, plus de 260 millions d’euros auront été dégagés pour permettre aux 21 pays bretons de mettre en place des projets de développement. Une belle somme certes, mais qui ne représente, sur cette période, que 4% du budget régional. Sans doute faut-il envisager d’augmenter cette dotation.

Plus de solidarité
Le développement des territoires défavorisés passe, c’est la première des conditions, par une meilleure irrigation et une plus grande accessibilité. La Région va mettre plus de 600 millions d’euros dans la nouvelle ligne TGV, mais Brest et Quimper resteront à beaucoup plus d’une heure et demie de Rennes, le temps qu’il faudra, en 2015, pour faire Rennes-Paris. Si la nécessité d’une capitale régionale forte se comprend, elle ne doit pas être confondue avec l’émergence d’une sorte de centralisme régional. Vu de la pointe ouest, c’est bien là le danger. Une Bretagne plus harmonieuse passe par plus de solidarité entre les territoires. Le développement de Rennes et de sa métropole doit aussi profiter à cette partie de la Bretagne pénalisée par sa situation géographique. Certains épisodes, comme celui du transfert de l’IUFM à Brest ou l’affaire des allogreffes, montre que ce n’est pas gagné.

Source : Le Télégramme - 06.05.2010

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